Lifestyle, Quotidien

Journal d’une nomade confinée : Semaine 1

Salut les gens,

Voilà plus d’une semaine que je ne suis pas sortie de chez moi. La seule entorse a été une balade de 15 secondes jusqu’aux poubelles du quartier. Jamais je n’aurais cru qu’une telle sortie pouvait se transformer en scénario de Walking Dead. J’ai mis mon masque, empoché mon gel hydroalcoolique (il me reste 10 ml, je les vends 50 €, qui dit mieux ?) et attrapé les sacs qui commençaient à sentir légèrement le macchabée.

J’ai l’impression que nous avons changé d’espace temporel. Tout d’un coup, plus personne ne court dans tous les sens. Les gens ont le temps de se parler, de s’appeler, de faire ce fameux Skype prévu depuis des lustres. Plus personne ne dit : « Journée de dingue, pas eu le temps de faire ceci, cela… ». Je n’ai jamais eu autant de conversations intéressantes avec mes amies. Grâce à une amie chère à moi, j’ai découvert aujourd’hui le PSOA Trauma Release, une forme de gymnastique douce qui permet de libérer le corps des traumatismes passés. Avec mon père, nous avons trinqué ce matin à la vie, lui au champagne, moi à la tisane. Il m’a aussi filé ses accès payants pour un quotidien allemand. Une autre amie m’a donné ses codes pour Le Monde, je suis ravie !

Je parle soudainement de plein de choses différentes avec mes proches – beaucoup de thèmes surgissent que l’on n’avait pas le temps d’aborder en temps normal. On se conseille des morceaux de musique, on s’envoie des vidéos (pas seulement sur Corona, heureusement !). On fait des apéros Zoom et des vidéochats via WhatsApp pour se voir, faute de pouvoir se rencontrer. Pour une flemmarde comme moi, la quarantaine a ses avantages. Je peux aller boire un verre avec une copine sans bouger de mon lit, c’est assez fantastique ! Et puis, je ne dépense plus d’argent (en même temps, je n’en ai pas !).

Je me rends compte que ce confinement pourrait être bien plus difficile si je n’avais pas fait un réel travail sur moi-même ces derniers mois. Pour ceux qui ne le savent pas, j’ai quitté Barcelone pour Porto il y a une semaine à peine. En gros, j’ai pris le dernier avion avant la fermeture de la frontière. En vacances avec la meilleure des photographes (Vera Lair, who else ?!), je suis tombée amoureuse de cette ville en février. Après des mois difficiles de vagabondage, une rupture douloureuse et un besoin de changer d’air, j’ai saisi ma chance. Je suis rentrée à Barcelone, j’ai mis mes quelques cartons de vie dans un garde-meubles. Ensuite, je suis repartie avec une valise pour commencer cette nouvelle aventure.

Depuis, je suis en quarantaine. Sacré timing ! Et vous savez quoi ? Je me sens privilégiée malgré les soucis économiques provoqués par la pandémie, malgré le fait d’être enfermée. J’ai des amis en or, une famille soudée, la santé et un cadre de vie sublime. Ici, j’ai même un potager, que demander de plus ?

Donnez-moi de vos news, racontez-moi comment ça se passe pour vous. On pourrait peut-être mettre en place une session Zoom, qu’en pensez-vous ?

Bisous virtuels !

Photo : Vera Lair, tous droits réservés

Vie de Freelance

Les indépendants, victimes collatérales du Coronavirus

Alors que le Coronavirus se propage à une vitesse effrayante, provoquant la mort de milliers de personnes, l’économie mondiale s’effondre. Hormis un nombre inquiétant de morts, c’est l’ensemble de la population qui se voit affectée par les effets néfastes du virus. Particulièrement touchés, les indépendants voient déjà leur chiffre d’affaires plonger. Premier bilan apocalyptique sur fond de pandémie par une nomade digitale confinée entre ses quatre murs.

Nouvel ordre ou nouveau chaos ?

Travailler à son compte est toujours lié à des risques. Nous, les freelances, ne connaissons pas la stabilité de l’emploi. D’ailleurs, souvent nous l’avons volontairement évitée pour nous dédier à des activités professionnelles en dehors du monde douillet du CDI. Aujourd’hui, la pandémie à laquelle tout un chacun fait face frappe d’autant plus fortement les indépendants que l’économie semble s’effondrer à vue d’œil. Jours noirs pour Wallstreet, la macro économie se prépare elle aussi aux effets « coronariens ». Les projets s’annulent ou sont mis en pause jusqu’à « nouvel ordre ». Mais quel est donc ce nouvel ordre ?

Alors que beaucoup de micro-entrepreneurs voient leurs projets mis en berne, la vie continue, elle, sans pitié. Il faut payer ses factures (difficile de mettre le loyer en pause !), les impôts qui se fichent bien des pandémies, et les courses (le jeûne, ça va deux jours, pas trois mois…). Les frontières commencent à se fermer et les voyages évités ou interdits afin de ne pas laisse le virus se propager. Les nomades digitaux vont devoir se poser malgré eux ! Les quarantaines volontaires et les confinements imposés ont ralenti le rythme de nos quotidiens habituellement hyperactifs. Le monde tel que nous le connaissions semble s’effriter à vue d’œil.

En Europe, le nouvel épicentre du Covid-19, une ambiance apocalyptique règne. Au Portugal et en Espagne, il faut désormais attendre en rang d’oignons afin d’accéder aux supermarchés à moitié dévalisés – tout d’un coup, tout le monde aime les lentilles et les pois chiches. En Allemagne, mes compatriotes toujours aussi pragmatiques, se battent pour le dernier rouleau de papier toilettes tandis que les Parisiens trinquent en terrasse à des lendemains plus roses. Corona, un révélateur de nos différences culturelles ? Mon père qui vit dans le Tessin, près de la frontière italienne, a bien eu du mal à acquérir un pot de pesto et des spaghettis. Quant au parmesan, il retentera sa chance la semaine prochaine.

Une lueur d’espoir ou l’heure de gloire du télétravail 

En ce qui concerne le télétravail, il semblerait y avoir désormais une ère avant et après Corona. 1 an avant C. il était difficile, voire impossible de se voir accorder une journée de télétravail par semaine. Trop compliqué à mettre en place, la protection de données, les risques de piratage…. Et les réunions ? Il faut assister aux réunions, pardi !

En l’espace de quelques semaines pourtant, certaines entreprises ont dû s’adapter à la situation de crise. Avec les écoles fermées de force, l’obligation de limiter ses déplacements en ville, le télétravail s’est avéré non seulement crucial mais surtout faisable ! L’implémentation du télétravail reste certes un challenge technique, mais un challenge qu’il faudra savoir maitriser. Un bon nombre d’amis vivant à Barcelone a été renvoyé à la maison avec un casque et un ordinateur comme si cela était la chose la plus naturelle du monde. J’en connais qui ne quitteront plus leur pyjama.

En permettant à un maximum d’employés de travailler de la maison, peut-être sera-t-il possible de réfréner la propagation affolante de ce que nous appelons trop souvent à tort « un mauvais rhume ». En attendant, les indépendants (tous secteurs confondus) pâtissent déjà de l’impact économique du virus. Pour ceux qui ont la chance de déjà travailler à distance, c’est surtout la baisse de régime qui va poser problème sur le long terme. C’est le moment de se serrer les coudes – virtuellement.

Restons chez nous, télétravaillons !

PS : Alors que mes revenus ont été divisés par deux en l’espace de quelques jours seulement, je reste confinée chez moi – dans l’espoir que le Coronavirus ne détruise pas nos petites entreprises.

Vie de Freelance

Les temps sont durs pour les traducteurs freelances

En pleine prospection (plus ou moins) acharnée, je constate que les conditions de travail des freelances, et notamment des traducteurs, ont bien changé ces dernières années. J’ai lancé mon activité en 2015 et depuis les tarifs semblent être en chute libre. Pourquoi les traducteurs ont-ils si peu la cote ?

Traducteur ou Google Trad : kif-kif bourricot

Je suis inscrite sur plusieurs pages Facebook spécialisées pour les traducteurs freelances. Régulièrement, des annonces y sont postées. Certaines plus sérieuses que d’autres. Ce qui me chiffonne le plus ? Les traducteurs qui postulent aux annonces. Dans 60 ou 70 % des cas, ce ne sont pas des personnes natives. Ces dernières sont basées dans des contrées lointaines et ne maitrisent absolument pas les paires de langues recherchées. Ce sont des personnes qui acceptent d’être payées au lance-pierres, car le coût de la vie dans leur pays de résidence est faible et que le texte sera passé dans Google Trad. C’est la raison pour laquelle certains modes d’emploi ne riment à rien, du charabia psychédélique recraché par une machine. Tout ça pour vous dire que les temps sont durs pour nous, les traducteurs. Il devient difficile de faire avancer le schmilblick dans un contexte de mondialisation où n’importe qui peut se revendiquer traducteur grâce aux traducteurs automatiques. Même des gens très bien de mon entourage m’ont déjà dit : « D’abord, tu peux traduire par Google Trad puis corriger. » Non, ce n’est pas si simple. Si Google Trad était un humain, il serait ce fameux pote qui ne capte jamais la fin des blagues. Il faut toujours tout lui redire deux fois avant qu’il comprenne la pointe. Vous l’imaginez traducteur ? Moi, non !

Traduire, c’est travailler

Parfois, je me vois obligée d’enfoncer des portes ouvertes. Une personne bilingue n’est pas automatiquement un traducteur professionnel. Parler deux langues ne fera pas de vous ni un traducteur ni un interprète. C’est un métier qui requiert des études, des formations, des stages… ça s’apprend à la sueur de votre front. Moi-même, j’ai appris à traduire à l’université, puis dans mes différents emplois. Mon bilinguisme m’a aidé, évidemment, mais ce sont finalement l’expérience et le travail qui ont fait de moi une traductrice à part entière. D’ailleurs, il y a quelques semaines je passais un entretien pour un CDI et la dame en face de moi, une responsable des ressources humaines, me fit passer un test de traduction. Voici ses consignes (sachant que c’était pour un poste de traductrice et qu’elle savait pertinemment que j’étais traductrice !) : « Oui, alors, vous traduisez ce petit paragraphe, mais pas littéralement. Ne traduisez pas chaque mot. C’est important de traduire le sens, de savoir adapter le texte. On ne veut rien de littéral ». J’étais sidérée. J’ai dû l’interrompre poliment : « Pardon, en réalité, vous voulez une traduction. C’est bien ça ? Non, parce que je suis traductrice. Je sais qu’il ne faut pas traduire littéralement un texte. C’est mon métier ». Sa réponse : « Ah okay, c’était pour être sûre. » Sérieusement ? Je l’imaginais en train de faire passer un entretien à un pneumologue. « Docteur, connaissez-vous bien le corps humain ? Pouvez-vous me dire où se situent les poumons ? » En réalité, pour la plupart des gens, un traducteur est une personne qui a la chance de parler plusieurs langues.

Money, Money, Money

Un certain nombre (croissant) de clients ne veut plus investir l’argent nécessaire pour la réalisation d’une traduction de qualité. Souvent, les prix avoisinent les 5 centimes/mot, alors qu’il y a encore 4 ou 5 ans la fourchette se situait entre 8 et 14 centimes. Il y a deux semaines, on m’a proposé une traduction de 20 000 mots environ, payé moins de 250. Je vous laisse faire le calcul… C’est finalement comme si la menace du développement potentiel d’un logiciel de traduction automatique et donc l’obsolescence (future et non garantie) du traducteur justifiait déjà une baisse radicale des tarifs. Petite piqure de rappel : Nous ne sommes pas encore en 2050. D’ailleurs, la fin du monde approche, parait-il. Ce fameux logiciel de traduction ne verra donc peut-être jamais le jour.

Alors en attendant l’apocalypse, j’espère encore trouver des missions décemment payées et qui me permettront de vivre en toute quiétude. Ces traducteurs, de vrais utopistes !

Vie de Freelance

J’ai connu : le syndrome de l’imposteur au travail

21 mois, 91 semaines, 638 jours, 919801 secondes… Voilà pendant combien de temps je ne me suis pas sentie à ma place au travail. Bref, une éternité.  Aujourd’hui, je prends le temps de faire un bilan plus détaillé de ma situation et de mon vécu pendant ces (presque) deux dernières années durant lesquelles j’ai appris à la dure ce qu’était le syndrome de l’imposteur !

Une routine lancinante

Dès la première semaine, j’ai senti tout mon être se rebeller face à l’obligation de suivre une routine imposée par mon nouveau cadre professionnel. Pour cela, il faut également souligner (et re-souligner) que le poste ne correspondait pas du tout vraiment à mon profil. Du jour au lendemain, je me retrouvais  dans le milieu médical, vêtue d’un uniforme d’infirmière et suivant un protocole sanitaire plus ou moins strict. Les tatouages cachés sous les manches longues de mon gilet en laine (sympa en septembre avec 30° degrés à Barcelone), j’avais l’impression de trahir une partie de mon identité. Je devais, en quelque sorte, renoncer à une partie de ce que je m’étais construit au fil du temps et faire tout ce que je m’étais jurée ne plus faire. Métro, boulot, dodo.

Un choc culturel et linguistique

Je tiens également à préciser que la langue de travail dans mon entreprise était l’espagnol. Il y a deux ans, mon niveau d’espagnol était nul médiocre et je n’avais pas les connaissances nécessaires pour le parler dans le milieu professionnel. Pourtant, dans la clinique qui m’avait embauchée, la langue de travail était bel et bien le castillan. Heureusement, les catalans n’y étaient pas majoritaires et beaucoup de collègues parlaient anglais ou français, sinon j’aurais rapidement perdu la tête. Il n’empêche que je devais suivre pratiquement toute ma formation en espagnol, ce qui m’a valu des insomnies, des pics de stress et des gros moments de désespoir. Imaginez une littéraire débarquer dans le monde du médical, et plus encore, dans le monde de la PMA. Je n’y connaissais rien et découvrais un univers nouveau. Dans un autre contexte, c’eut été une bonne chose, mais là, devoir apprendre des termes médicaux, des traitements complexes et des protocoles détaillés, ça en était trop. Souvent je faisais des cauchemars dans lesquels j’accouchais de monstres ou de bébés maléfiques. Le lendemain je retournais à la clinique, la boule au ventre, sachant que j’allais devoir me replonger dans les protocoles et les logiciels médicaux et assimiler ce savoir en espagnol, français, anglais et allemand. Issue d’un milieu littéraire, j’avais une quantité astronomique de connaissances à ingurgiter, assimiler et mettre en pratique pour devenir… une assistante médicale spécialisée dans la médecine reproductive.

Le syndrome de l’imposteur

Au bout de quelques mois de formation express, j’étais censée gérer des dossiers médicaux complexes et des patients subissant des traitements coûteux et douloureux psychologiquement parlant. Parfois, certains patients comprenaient mieux leurs traitements que moi et je devais faire semblant de tout gérer. Dans ce genre de situations, impossible de ne pas faire d’erreurs. C’est d’ailleurs quand on essaie de ne pas se tromper qu’on baisse la garde. Pourquoi ? Parce que le mauvais stress a pour conséquence de monopoliser notre énergie. Résultat des courses : le cerveau fatigue plus vite, c’est là qu’on commence à faire des erreurs. Au cours de ces 21 mois, j’ai donc forcément cumulé les boulettes, toujours avec cette sensation étrange de jouer un rôle dans une comédie de mauvais goût.  La notion d’imposteur m’est venue très vite à l’esprit, car ne trouvant pas ma place dans le milieu médical, j’avais en permanence l’impression de mentir aux patients. D’ailleurs, je tiens à préciser que la plupart (voire 98%) de mes collègues n’ont pas de formation médicale. C’est une pratique courante d’embaucher du personnel non-qualifié dans les cliniques de fertilité et de le former sur le tas. Hormis le stress et la charge de travail monstrueuse, c’est finalement cette sensation désagréable d’imposture qui m’a fait prendre conscience de la nécessité de partir.

Pour se sentir bien dans son travail, il est important de se sentir légitime. Même quand on a de l’expérience dans ce que l’on fait, il peut nous arriver d’être rongé par le doute. Là, il est important de s’y confronter et de faire un travail sur soi. Mais quand on sait au plus profond de soi que le travail que l’on exerce n’est pas accord avec nos valeurs et nos connaissances, il faut avoir le courage de partir.

Et vous, le syndrome de l’imposteur, vous l’avez déjà vécu. Et si oui, était-il justifié ou non ?

Vie de Freelance

Le grand retour en freelance

Voilà, j’ai tout plaqué. J’ai craqué, je n’en pouvais plus. Après 21 mois en CDI, j’ai finalement réussi à négocier mon départ. Après être allée jour pour jour au bureau et faire mine d’y avoir trouvé ma place, mon corps et mon esprit m’ont fait prendre conscience de l’urgence de la situation. Stressée, angoissée et déprimée par mon travail qui n’avait rien avoir avec mon univers, je n’étais plus capable d’y aller. Et quand le travail rend malade que fait-on ? On le quitte !

Retrouver ma vie

Pendant plus d’un an j’ai nié en bloc à quel point le travail que j’exerçais au quotidien m’impactait de manière négative. Bien sûr, il fallait payer les factures, la nourriture, les sorties et les croquettes du chien mais cette dure réalité me devenait lentement et sûrement insupportable. La vie ne peut pas se limiter à la survie. J’ai eu la chance d’être née sous une bonne étoile, d’avoir étudié, voyagé, rencontré des gens intéressants. Ne pas en faire quelque chose, c’était finalement ne pas profiter de l’immense chance que j’ai eu au cours de ma vie. Et ma vie, ce n’est pas aller au bureau pour faire un travail administratif qui ne m’épanouit pas. C’est encore moins gérer des patients hystériques sous perfusion d’hormones. Le milieu dans lequel j’ai pu travailler s’est révélé toxique. Beaucoup de stress, de pression et de mauvaises ondes qui ont eu raison de moi. Il était donc temps que je retrouve ma vie, celle qui me donne envie de me lever le matin, celle pour laquelle j’ai envie de me battre.

Retrouver mon bien-être mental

Le travail au sein d’une clinique de PMA n’est pas facile tous les jours. Il faut gérer des patients souvent extrêmement anxieux, voire même dépressifs ou agressifs. Parfois, il faut aussi supporter les humeurs changeantes des médecins, ces dieux vêtus de blanc. En tant qu’assistante médicale internationale je faisais constamment le lien entre patients et médecins. Au-delà de la lourde responsabilité de devoir gérer les traitements des patients (supervisions du déroulement du traitement, explication de chaque étape du processus de FIV et gestion de la communication patient-médecin), il y avait aussi l’obligation de ne jamais perdre son calme face à des situations par moment ingérables. Au bout de quelques temps, j’ai arrêté de compter le nombre de fois que j’aurais voulu raccrocher au nez d’une patiente désagréable et hautaine. J’ai arrêté de comptabiliser toutes les occasions où un médecin, s’étant levé du pied gauche le matin, m’avait injustement engueulée. A force de prendre sur moi, j’ai commencé à me sentir piégée dans une routine toxique. Ma famille me conseillait de simplement serrer les dents et de continuer. Evidemment ce genre de conseils ne servent à rien (c’est gentil, mais inutile !). J’étais la seule juge de ma situation et la seule à devoir chaque jour enfiler mon uniforme et mon faux sourire. Après des vacances horribles où je n’ai pensé qu’au travail, j’ai finalement réussi à trouver un moyen de partir. Et comme par magie, j’ai retrouvé le sourire, le mien, le vrai, celui qui dévoile ma vraie essence.

Me reconstruire en tant que freelance

Mes presque deux années en CDI m’ont beaucoup affectée et m’ont fait douter. Forcément, pendant tout ce temps j’étais tout en bas de l’échelle hiérarchique, et on me le faisait bien sentir. Certes, j’ai appris beaucoup de choses et j’ai eu l’occasion de faire de la traduction médicale, mais j’ai aussi perdu un peu ma foi en ce monde professionnel qui nous entoure. J’ai aussi réalisé que je ne pouvais pas travailler 40H dans un bureau  si le travail ne me plaisait pas. Si je ne suis pas passionnée, je me lasse rapidement. Et comme je n’ai ni enfant à charge ni crédit à rembourser, c’est encore le moment de me lancer ce défi professionnel.  Mon objectif ? Reconstruire mon business de freelance. Traduction, rédaction, Community Management… j’ai tellement hâte de retrouver des missions dans mes domaines de prédilection ! Alors ces prochains mois seront dédiés à la prospection… et à la bonne humeur !

Si vous cherchez quelqu’un de motivé pour de la traduction (allemand, français, anglais) ou de la rédaction (allemand et français) faites-moi signe via le blog ou mon Linkedin.

Photos, Vera Lair © Tous droits réservés.

Lifestyle, Minimalisme

La nomade prend racine ou le début d’une aventure jardinière

C’était un samedi comme tous les autres. J’étais dans le train pour une banlieue de Barcelone où habite une amie à moi. Je regardais par la fenêtre, voyant sous mes yeux défiler des rangées d’immeubles, puis des terrains vagues, et enfin… des potagers communautaires. Mon sang ne fit qu’un tour. Et je me voyais déjà, en marge de la société, en train de cultiver mes légumes. Ô suprême autarcie ! Je suis arrivée chez mon amie et je lui ai dit : ce serait trop génial d’avoir un potager.

Deux semaines plus tard, je signais le bail de ma parcelle de 30m2. J’avais la pêche et une sacrée banane ! Ma surface de terre rien qu’à moi ! Décision hâtive ?  Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à tergiverser trop longtemps. La vie est courte et il n’y pas de temps pour faire le poireau. En mars, j’ai donc enfilé ma tenue de guerrière, t-shirt, vieux jean et chapeau de jardinier pour m’attaquer à mon nouveau projet. Dès les premiers instants, je me suis sentie… détendue. Alors que je construisais mes treillis pour mes plants de tomates, le temps semblait s’arrêter autour de moi. je n’éprouvais plus le besoin de regarder mon téléphone (en même temps, il était recouvert par une épaisse couche de terre). Pendant trois heures, j’ai retourné la terre, enfoncé des tiges de bambous et tracé des circuits. Les mains dans le cambouis, tous mes soucis du quotidien me paraissaient lointains et sans importance.

Pourquoi cette révélation ? Depuis que j’ai découvert le minimalisme il y a plusieurs mois, j’ai fait le tri dans ma maison et ma tête. Je me suis débarrassée d’un nombre incalculable de choses, de livres, de babioles, de cadeaux indésirables, de vêtements et de vieux souvenirs. J’ai donné presque la totalité de mes livres et me suis fait offrir une liseuse pour mon anniversaire. Voyager léger, à tous les niveaux ! Seul hic ? Difficile de profiter de son temps libre sans consommer. Après huit mois de cours de poterie (et le constat que je n’avais pas beaucoup de talent), j’étais à la recherche d’un projet qui allait mieux se concilier avec ma remise en question. Quoi de mieux qu’un potager ? 

Parfois la vie urbaine me fatigue. Trop de bruits, trop de gens…. Et pourtant, je ne me vois pas (encore) vivre dans la cambrousse. Le potager, c’est un compromis parfait. J’ai un bout de terre où je peux planter (presque) tout ce que je veux sans trop me prendre le chou. Je passe mon temps à l’air libre (en plein cagnard) et je mets en pause un peu ma vie parfois trop agitée et stressante. Le potager communautaire est situé à Cornellà de Llobregat, une parcelle de 30m2 coûte 35€, une parcelle de 60m2 50 €. N’ayant jamais eu mon propre jardin, j’ai opté sagement pour la première option. Dans l’intention de bientôt en avoir 100 m2 ! Dans la vie, il faut voir grand, il faut rêver !

Ma chienne Winnie adore sauter sur les plantes de mes voisins et je me garde bien de la détacher quand ils sont dans les alentours. D’ailleurs, je me suis déjà fait des copains de parcelle. Tous les samedis, une bande de grands malabars un peu rustres viennent travailler leurs parcelles, puis petit-déjeuner sur l’une des tables de l’aire commune. Ils amènent du vin, du pain, du fromage, du saucisson et des tomates. L’un d’eux s’est amouraché de Winnie et lui donne des petits morceaux de fromage en douce. Moi, j’ai eu droit à plein de tartines délicieuses !

Sur le blog, je partagerai avec vous le développement de mon projet – non pas au niveau pratique (pour ça, il y a de vrais jardiniers), mais plutôt pour partager avec vous ce que m’apporte cette nouvelle aventure. Et j’ai hâte de voir comment le travail de la terre va impacter mon mental. D’ailleurs, le monsieur qui me loue ma parcelle m’a dit la chose suivante : « Ne vois pas ce potager comme une manière de ne plus acheter tes légumes au supermarché. Vois-le comme un projet spirituel qui t’apportera bien plus qu’une récolte physique. En donnant à la terre, celle-ci te rendra la pareille et tu seras heureuse ». « Il faut cultiver son jardin », écrivait Voltaire dans Candide ou l’optimisme. Il avait bien raison !

Alors, à vos râteaux, prêts, partez ! L’aventure de la nomade jardinière commence maintenant !

Photos ©Vera Lair