Vie de Freelance

J’ai connu : le syndrome de l’imposteur au travail

21 mois, 91 semaines, 638 jours, 919801 secondes… Voilà pendant combien de temps je ne me suis pas sentie à ma place au travail. Bref, une éternité.  Aujourd’hui, je prends le temps de faire un bilan plus détaillé de ma situation et de mon vécu pendant ces (presque) deux dernières années durant lesquelles j’ai appris à la dure ce qu’était le syndrome de l’imposteur !

Une routine lancinante

Dès la première semaine, j’ai senti tout mon être se rebeller face à l’obligation de suivre une routine imposée par mon nouveau cadre professionnel. Pour cela, il faut également souligner (et re-souligner) que le poste ne correspondait pas du tout vraiment à mon profil. Du jour au lendemain, je me retrouvais  dans le milieu médical, vêtue d’un uniforme d’infirmière et suivant un protocole sanitaire plus ou moins strict. Les tatouages cachés sous les manches longues de mon gilet en laine (sympa en septembre avec 30° degrés à Barcelone), j’avais l’impression de trahir une partie de mon identité. Je devais, en quelque sorte, renoncer à une partie de ce que je m’étais construit au fil du temps et faire tout ce que je m’étais jurée ne plus faire. Métro, boulot, dodo.

Un choc culturel et linguistique

Je tiens également à préciser que la langue de travail dans mon entreprise était l’espagnol. Il y a deux ans, mon niveau d’espagnol était nul médiocre et je n’avais pas les connaissances nécessaires pour le parler dans le milieu professionnel. Pourtant, dans la clinique qui m’avait embauchée, la langue de travail était bel et bien le castillan. Heureusement, les catalans n’y étaient pas majoritaires et beaucoup de collègues parlaient anglais ou français, sinon j’aurais rapidement perdu la tête. Il n’empêche que je devais suivre pratiquement toute ma formation en espagnol, ce qui m’a valu des insomnies, des pics de stress et des gros moments de désespoir. Imaginez une littéraire débarquer dans le monde du médical, et plus encore, dans le monde de la PMA. Je n’y connaissais rien et découvrais un univers nouveau. Dans un autre contexte, c’eut été une bonne chose, mais là, devoir apprendre des termes médicaux, des traitements complexes et des protocoles détaillés, ça en était trop. Souvent je faisais des cauchemars dans lesquels j’accouchais de monstres ou de bébés maléfiques. Le lendemain je retournais à la clinique, la boule au ventre, sachant que j’allais devoir me replonger dans les protocoles et les logiciels médicaux et assimiler ce savoir en espagnol, français, anglais et allemand. Issue d’un milieu littéraire, j’avais une quantité astronomique de connaissances à ingurgiter, assimiler et mettre en pratique pour devenir… une assistante médicale spécialisée dans la médecine reproductive.

Le syndrome de l’imposteur

Au bout de quelques mois de formation express, j’étais censée gérer des dossiers médicaux complexes et des patients subissant des traitements coûteux et douloureux psychologiquement parlant. Parfois, certains patients comprenaient mieux leurs traitements que moi et je devais faire semblant de tout gérer. Dans ce genre de situations, impossible de ne pas faire d’erreurs. C’est d’ailleurs quand on essaie de ne pas se tromper qu’on baisse la garde. Pourquoi ? Parce que le mauvais stress a pour conséquence de monopoliser notre énergie. Résultat des courses : le cerveau fatigue plus vite, c’est là qu’on commence à faire des erreurs. Au cours de ces 21 mois, j’ai donc forcément cumulé les boulettes, toujours avec cette sensation étrange de jouer un rôle dans une comédie de mauvais goût.  La notion d’imposteur m’est venue très vite à l’esprit, car ne trouvant pas ma place dans le milieu médical, j’avais en permanence l’impression de mentir aux patients. D’ailleurs, je tiens à préciser que la plupart (voire 98%) de mes collègues n’ont pas de formation médicale. C’est une pratique courante d’embaucher du personnel non-qualifié dans les cliniques de fertilité et de le former sur le tas. Hormis le stress et la charge de travail monstrueuse, c’est finalement cette sensation désagréable d’imposture qui m’a fait prendre conscience de la nécessité de partir.

Pour se sentir bien dans son travail, il est important de se sentir légitime. Même quand on a de l’expérience dans ce que l’on fait, il peut nous arriver d’être rongé par le doute. Là, il est important de s’y confronter et de faire un travail sur soi. Mais quand on sait au plus profond de soi que le travail que l’on exerce n’est pas accord avec nos valeurs et nos connaissances, il faut avoir le courage de partir.

Et vous, le syndrome de l’imposteur, vous l’avez déjà vécu. Et si oui, était-il justifié ou non ?

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