Vie de Freelance

Les temps sont durs pour les traducteurs freelances

En pleine prospection (plus ou moins) acharnée, je constate que les conditions de travail des freelances, et notamment des traducteurs, ont bien changé ces dernières années. J’ai lancé mon activité en 2015 et depuis les tarifs semblent être en chute libre. Pourquoi les traducteurs ont-ils si peu la cote ?

Traducteur ou Google Trad : kif-kif bourricot

Je suis inscrite sur plusieurs pages Facebook spécialisées pour les traducteurs freelances. Régulièrement, des annonces y sont postées. Certaines plus sérieuses que d’autres. Ce qui me chiffonne le plus ? Les traducteurs qui postulent aux annonces. Dans 60 ou 70 % des cas, ce ne sont pas des personnes natives. Ces dernières sont basées dans des contrées lointaines et ne maitrisent absolument pas les paires de langues recherchées. Ce sont des personnes qui acceptent d’être payées au lance-pierres, car le coût de la vie dans leur pays de résidence est faible et que le texte sera passé dans Google Trad. C’est la raison pour laquelle certains modes d’emploi ne riment à rien, du charabia psychédélique recraché par une machine. Tout ça pour vous dire que les temps sont durs pour nous, les traducteurs. Il devient difficile de faire avancer le schmilblick dans un contexte de mondialisation où n’importe qui peut se revendiquer traducteur grâce aux traducteurs automatiques. Même des gens très bien de mon entourage m’ont déjà dit : « D’abord, tu peux traduire par Google Trad puis corriger. » Non, ce n’est pas si simple. Si Google Trad était un humain, il serait ce fameux pote qui ne capte jamais la fin des blagues. Il faut toujours tout lui redire deux fois avant qu’il comprenne la pointe. Vous l’imaginez traducteur ? Moi, non !

Traduire, c’est travailler

Parfois, je me vois obligée d’enfoncer des portes ouvertes. Une personne bilingue n’est pas automatiquement un traducteur professionnel. Parler deux langues ne fera pas de vous ni un traducteur ni un interprète. C’est un métier qui requiert des études, des formations, des stages… ça s’apprend à la sueur de votre front. Moi-même, j’ai appris à traduire à l’université, puis dans mes différents emplois. Mon bilinguisme m’a aidé, évidemment, mais ce sont finalement l’expérience et le travail qui ont fait de moi une traductrice à part entière. D’ailleurs, il y a quelques semaines je passais un entretien pour un CDI et la dame en face de moi, une responsable des ressources humaines, me fit passer un test de traduction. Voici ses consignes (sachant que c’était pour un poste de traductrice et qu’elle savait pertinemment que j’étais traductrice !) : « Oui, alors, vous traduisez ce petit paragraphe, mais pas littéralement. Ne traduisez pas chaque mot. C’est important de traduire le sens, de savoir adapter le texte. On ne veut rien de littéral ». J’étais sidérée. J’ai dû l’interrompre poliment : « Pardon, en réalité, vous voulez une traduction. C’est bien ça ? Non, parce que je suis traductrice. Je sais qu’il ne faut pas traduire littéralement un texte. C’est mon métier ». Sa réponse : « Ah okay, c’était pour être sûre. » Sérieusement ? Je l’imaginais en train de faire passer un entretien à un pneumologue. « Docteur, connaissez-vous bien le corps humain ? Pouvez-vous me dire où se situent les poumons ? » En réalité, pour la plupart des gens, un traducteur est une personne qui a la chance de parler plusieurs langues.

Money, Money, Money

Un certain nombre (croissant) de clients ne veut plus investir l’argent nécessaire pour la réalisation d’une traduction de qualité. Souvent, les prix avoisinent les 5 centimes/mot, alors qu’il y a encore 4 ou 5 ans la fourchette se situait entre 8 et 14 centimes. Il y a deux semaines, on m’a proposé une traduction de 20 000 mots environ, payé moins de 250. Je vous laisse faire le calcul… C’est finalement comme si la menace du développement potentiel d’un logiciel de traduction automatique et donc l’obsolescence (future et non garantie) du traducteur justifiait déjà une baisse radicale des tarifs. Petite piqure de rappel : Nous ne sommes pas encore en 2050. D’ailleurs, la fin du monde approche, parait-il. Ce fameux logiciel de traduction ne verra donc peut-être jamais le jour.

Alors en attendant l’apocalypse, j’espère encore trouver des missions décemment payées et qui me permettront de vivre en toute quiétude. Ces traducteurs, de vrais utopistes !

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