Vie de Freelance

Vis ma vie de freelance : #2 Découvrez le côté obscur de l’auto-entreprenariat

J’ai quitté mon CDI sans trop savoir ce que j’allais faire par la suite. Pas de chômage, pas de plan, juste l’envie de ne plus jamais remettre les pieds dans un open space. Le livre « L’open space m’a tuer » n’a en rien perdu de son actualité, je vous le conseille vivement ! Une fois ma démission déposée, je voulais carrément retourner vivre en Allemagne. Mais les aléas de la vie (l’amourrrr) en ont décidé autrement. Au fond de moi, je savais que je voulais vivre de l’écriture sous toutes ses formes. Monsieur, qui était déjà auto-entrepreneur, m’a prise sous son aile et aidée à faire toutes les démarches nécessaires pour monter ma boite de traduction/rédaction (c’était ce que je voulais réellement faire : l’écriture, c’était vraiment ma passion de toujours).

A part le changement de régime sécu (Vous passez de la CPAM au RSI) qui peut s’avérer un peu long, il n’y a que peu de paperasse… parait-il… Détrompez-vous ! Après les avantages de la vie de freelance, voici donc quelques inconvénients (et mes petits conseils qui vont avec).

  1. Les galères de la comptabilité (#traumatisme)

J’ai sauté les deux pieds joints dans la folle aventure de l’auto-entreprise. Je ne savais strictement pas à quoi m’attendre. « Oui, je vais faire mes petites traductions, mes articles… Trop cool ! » Puis, Monsieur m’a montré le logiciel de facturation et j’ai déchanté. Eh oui, avoir sa propre entreprise, c’est constamment porter une double casquette : votre job + comptable. Je déteste la comptabilité, les factures, les devis, les bons de commande. Vous n’y échapperez pas, il faut savoir comment fonctionne le système ! Avoir une entreprise, c’est aussi une grande responsabilité : vous payez des charges trimestrielles, devez faire vos déclarations de revenus régulièrement et bien superviser vos rentrées d’argent (on vous paye rarement dans les temps). Le statut d’auto-entrepreneur apporte néanmoins des avantages fiscaux. Les moins de 26 ans bénéficient notamment de l’ACCRE (exonération partielle des charges sociales), ce qui peut être un bon petit coup de boost lorsque vous lancez votre entreprise.

  1. L’argent, toujours l’argent : Dites non à l’exploitation

L’argent est un sujet sensible quand on lance son auto-entreprise. Déjà, parce qu’il y a toujours cette incertitude : Vais-je avoir un chiffre d’affaire suffisant pour payer mes factures ? Comment dois-je établir mes tarifs ? Suis-je trop cher(e), pas assez cher(e) ? L’argent est un sujet omniprésent parce qu’il est un facteur essentiel à la survie de votre corps (vous n’allez pas manger des raviolis en boite toute votre vie) et votre entreprise (difficile d’entretenir une entreprise qui ne rapporte rien). Quand on se lance en tant qu’auto-entrepreneur (et pour peu qu’on soit jeune, comme moi^^), parler d’argent s’avère difficile, parce qu’on ne se sent peut-être pas aussi légitime que d’autres concurrents (plus expérimentés et/ou plus âgés) et qu’on doute parfois de sa valeur sur le marché. Au début (et encore maintenant), on me reprochait d’être trop chère (ce qui n’est pas vrai, j’estime juste qu’il faut pouvoir vivre de son travail, surtout à Paris, la vie est chère).

Aujourd’hui, je ne me laisse plus faire aussi facilement. Il faut le savoir : Il y aura toujours des gens qui feront le même boulot que vous pour 1/10 du prix ! Surtout à l’ère des plateformes de recrutement (ex : freelancer.com), et notamment pour les domaines du web (graphisme, intégration ou développement), vous trouverez une infinité d’indépendants payés 3$ de l’heure. Mais, rassurez-vous : un client qui veut un vrai travail de qualité, payera le prix. Et sinon, règle d’or que j’ai eu du mal à accepter : dites NON ! Apprenez à refuser l’esclavagisme. Si vous estimez votre tarif journalier à 250€, n’acceptez  pas de faire le travail pour 100€. Un jour, il faudra vivre de votre business et ce n’est pas en travaillant pour quelques euros que vous y arriverez. Et l’idée n’est pas non plus de travailler trois fois plus qu’avant. Je vous donne un exemple : Un de mes clients voulait me payer une somme ridicule pour un article web. J’ai demandé le triple (même le triple, c’était franchement raisonnable), il a refusé. Mon argument : Je suis sûrement plus chère que certains autres rédacteurs ou traducteurs, mais j’estime faire consciencieusement mon travail. A vous de voir. » Une heure plus tard, j’avais la mission. Le culot, ça paie. BIIIMMM !!!

Il faut se battre pour s’imposer dans ce milieu très compétitif. Mais une fois que vous aurez gagné confiance en vous et votre travail, cela se passera mieux. Aujourd’hui, ça me fait rire quand un client potentiel veut me payer une misère. Je refuse, c’est aussi simple que ça. Si c’est pour gagner trois clopinettes, mieux vaut faire du babysitting, c’est plus lucratif !

  1. L’incertitude à tous les niveaux

Il n’y a pas que l’argent qui est incertain chez les freelances. Vous avez envie de profiter de billets pas chers pour les US en septembre ? Et si on vous proposait la mission de vos rêves pile à ce moment-là ? C’est difficile, car la plupart du temps, vous n’aurez aucune visibilité, à moins d’avoir des projets à long terme. Petit détail non-négligeable : tous vos congés sont des congés sans solde. C’est comme un restaurateur qui prend son mois d’août et ferme son restaurant. Pendant un mois, il n’aura pas de revenus. Idem pour vous, amis auto-entrepreneurs. La liberté a son prix ! A l’inverse, et si vous voyez que c’est le calme plat, vous pourrez sans problème partir en weekend improvisé. Et si vous faites du télétravail, vous pourrez aussi travailler sur une plage déserte (avec wifi de préférence). Incertitude vs. Spontanéité. Certains vivront très mal cette impossibilité de prévoir et anticiper les mois à venir. D’autres (comme moi) le voient de manière positive : pas de routine, pas d’ennui et toujours de la nouveauté !

  1. SOS Solitude

Certains jours, notamment quand je ne suis pas spécialement débordée, mes collègues me manquent. Les fous rires débiles, les messages gtalk, les pauses café à répétition… Il faut aimer la solitude : surtout si vous bosser principalement en télétravail. De temps en temps, j’ai une conférence Skype, mais sinon je ne vois que peu de monde (mon chat, mon coloc et Monsieur). Pour ma part, j’aime le calme. Déjeuner devant la TV, c’est très reposant aussi. Et puis, vous faites un vrai break. Vous pouvez aller au sport tranquillement ou dormir sur le canapé. Comme personne ne vous voit, à vous de faire ce que bon vous semble ! Pour ceux qui peuvent se le permettre financièrement, il existe une alternative : les espaces de co-working. Pour une somme plus ou moins élevée (selon le quartier et la ville), vous pourrez louez un poste de travail au sein d’un bureau partagé ! Perso, je ne vois pas trop l’intérêt de payer un loyer (déjà qu’il y a les charges de l’AE) pour se taper le bruit d’un open space. Mais là encore, chacun est différent et mieux vaut être sincère avec soi-même : Il n’y a aucune obligation à aimer la solitude. Moi, pour 200€/ mois, je vous file une place sur mon canapé, aucun souci !

  1. Silence radio: Les joies de la prospection

C’est un peu bête, mais croyez-moi, ça me vexe beaucoup d’échanger avec un client potentiel, puis de ne plus jamais en entendre parler une fois le devis envoyé. Vous allez vous prendre plein de vents, c’est la vie de freelance. On va parfois vous contacter, montrer beaucoup d’enthousiasme face à votre portfolio et vous faire des promesses. « Faites-moi rapidement un devis, je vous réponds dans la journée, j’adore ce que vous faites ». Les heures passent, vous avez écrit ce devis en trois minutes, le cœur battant à cent à l’heure, puis plus rien. Ni aujourd’hui, ni demain. Pourtant c’était urgent, le client avait l’air au taquet. A tel point qu’il vous oubliera. Ne le prenez pas personnellement : souvent les agences ont des deadlines très courtes et le chef de projet contactera plusieurs freelances en même temps. Ça se joue parfois à deux minutes près. Et souvent on vous répondra (c’est pire que le silence) : « Ah finalement, on a décidé de reprendre le presta avec lequel nous avons l’habitude de travailler. » (C’était bien la peine, hein !) Ne vous remettez surtout pas en question : c’est le mauvais côté de la prospection de clients. On s’y habitue au bout plusieurs déconvenues du même genre. Mais… ça reste ultra vexant, je vous l’accorde ! Ça vous oblige aussi à ne pas trop vous emballer pour certains projets. Vous avez le droit de sauter de joie… une fois l’accord signé !

  1. Les débuts de l’auto-entreprise: La longue traversée du désert

A moins d’avoir déjà un important réseau professionnel, vous allez constater qu’il faudra compter un certain temps pour faire connaitre votre AE. Cela demande du travail et de la patience. Pour mettre toutes vos chances de votre côté, misez sur les réseaux sociaux : il y a des tonnes de missions freelances publiées chaque jour sur Twitter notamment.

C’est très difficile de s’imposer dans un milieu professionnel déjà quelque peu saturé. Effectivement, personne ne vous a attendu. Il va falloir convaincre les clients de votre talent et de vos compétences. Quand on a gagné tous les mois une somme fixe, commencer par des revenus aléatoires et modestes peut s’avérer très décourageant. Vous n’allez pas rouler sur l’or dès les premiers mois, à moins d’avoir de la chance ou un excellent réseau. Il faudra investir du temps dans la création de votre site professionnel et/ou de votre portfolio (notamment si vous êtes graphiste ou photographe), démarcher les clients, envoyer des CV, tweeter, bloguer, facebooker, chatter… bref, montrer au monde que l’on existe et qu’on a du talent !

Soyez présent de manière intelligente sur le Net (il est temps de virer votre vieux profil moisi sur Copainsdavant !). Soignez vos profils Linkedin, Viadeo, Vimeo, etc. Ne publiez pas n’importe quoi sur Facebook ou Twitter. De nos jours, tout se voit et ce serait dommage de manquer une opportunité professionnelle à cause d’une blague douteuse sur l’un de vos profils. Comme dans la vraie vie, c’est la première impression qui compte. Faites en sorte d’avoir une présence web soignée (il existe de très bons thèmes WordPress entièrement gratuits) et n’hésitez pas à demander l’aide de votre entourage. C’est en lançant mon AE que je me suis rendue compte que mes amis avaient plein de talents insoupçonnés ! Presque tout le monde m’a aidée dans le lancement de ma boite et c’est aussi ce qui rend mon projet si précieux.

  1. Attention à ne pas dépasser le plafond

Ce n’est qu’un détail et si vous venez de lancer votre business, cela vous paraitra anodin. Mais soyons optimistes ! Une contrainte existe au régime d’AE : vous n’avez pas le droit de dépasser un seuil de 81 500 euros pour une activité de vente de marchandises et 32 600 euros pour une activité de services. Si c’est malgré tout le cas, alors vous devrez déclarer une société (charges plus importantes, etc.).

  1. Cotisation au chômage : NON, RSA: OUI

Un AE est considéré comme travailleur indépendant non-salarié, vous ne pourrez donc pas cotiser et toucher le chômage le jour où vous décidez d’arrêter votre activité de freelance (cela ne vaut pas pour le RSA que vous pourrez toucher même pendant votre activité d’AE). D’ailleurs, le site de Pôle Emploi est trop mimi : « Ce régime particulier offre un compromis acceptable quand vous souhaitez développer une activité en complément d’une activité salariée. » En gros, vous êtes complètement fou si vous n’avez que le statut d’auto-entrepreneur. Merci Pôle Emploi, toujours des paroles réconfortantes, ça fait chaud au cœur. Après il ne faut pas s’étonner si les gens n’osent plus créer et entreprendre. Rien ne nous y encourage… C’est dommage !

Car, malgré toutes les galères que vous allez rencontrer, ce projet, c’est le vôtre, c’est votre bébé. Et le jour où vous pourrez en vivre, vous serez tellement fier et heureux ! Ça vaut bien quelques litres de sueurs, des angoisses existentielles et les galères administratives, vous ne croyez pas ?

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15 Comments

  • Reply Margarida 6 juin 2014 at 11 h 59 min

    Je découvre votre blog et je me retrouve complètement dans ce que vous dites. Dans cet article je partage 100% le paragraphe 5, c’est très bien décrit, c’est exactement ça !

    Belle journée !

    • Reply Anissa 7 juin 2014 at 9 h 15 min

      Hello Margarida (c’est joli comme prénom !!), merci pour votre feedback. Je suis contente que vous vous reconaissiez dans l’article. C’est aussi pour ça que j’aime écrire. Pour que les gens se retrouvent dans mes articles et qu’ainsi on se sente compris et soutenu !

      • Reply Margarida 10 juin 2014 at 8 h 34 min

        Merci à toi Anissa,

        En septembre dernier j’ai commencé à mettre en place mon projet et en janvier 2014 j’ai crée mon statut d’auto-entrepreneur, aussi traductrice-rédactrice mais français-espagnol-catalan, alors on est peut-être un peu dans les mêmes joies et mêmes galères 🙂 Pour l’instant je suis très contente de mon choix !

        A très vite !

        • Reply Anissa 10 juin 2014 at 9 h 58 min

          Ah c’est génial, Margarida !!
          Je pars quelques mois à Barcelone l’année prochaine. Faut que je me mette au catalan^^
          Si tu entends parler de qqn qui cherche une traductrice frnaco-allemande, fais-moi signe.
          Je bosse avec des agences qui ont parfois besoin de trads catalanes aussi, je penserai à parler de toi!
          Bisous

  • Reply Joel Rotelli 6 juin 2014 at 12 h 14 min

    Pole emploi a raison, ce statut n’est intéressant qu’en complément d’une activité salarié, ou éventuellement pour démarrer rapidement une activité, mais pas pour une activité à temps plein avec laquelle on souhaite gagner sa vie.

    Limitation de CA à 32k, pas de possibilité de déduire ses charges / frais, pas de TVA, etc…

    Donc pole emploi ne décourage personne à entreprendre avec ces paroles. Pour entreprendre, il y a des vrais statuts de vraies entreprises avec plus de responsabilité. Et pour entreprendre il faut porter plus que deux casquettes, c’est un travail à temps plein, qui est même plus important que la production pure et dure.

    A part ça bravo pour vos deux articles sur les avantages et les inconvénients du freelance 🙂

    • Reply Anissa 7 juin 2014 at 9 h 17 min

      Hello Joel,
      d’accord avec vous, mais 32K, pour le moment, c’est déjà pas mal 😀 A la longue, il faudra évidemment envisager une autre structure. Et puis, n’oubliez pas que je suis rédactrice/traductrice, je n’ai que très peu de dépenses que je pourrais déduire. Pour d’autres métiers, la déduction de charges s’impose bien plus et le statut d’AE pose effectivement problème.
      Merci pour vos remarques et votre feedback. Je vous souhaite un très bon weekend !
      A bientôt !

      • Reply Margarida 10 juin 2014 at 8 h 37 min

        Je suis d’accord avec Anissa, pour nous, rédacteurs-traducteurs, le statut d’auto-entrepreneur est fort intéressant, surtout dans un premier temps.

  • Reply Marie-Charlotte 6 juin 2014 at 14 h 07 min

    Merci Anissa, j’attendais ton article avec impatience et je me sens moins seule. Hâte de te rencontrer en vrai !!! Bisous

    • Reply Anissa 7 juin 2014 at 9 h 27 min

      Je raconte à tout le monde que je vais te rencontrer et que j’ai trop hâte !!!
      Tous les jours je dis à Monsieur: « Hannn, trop hâte de rencontrer Marie-Charlotte ! »
      Vivement la semaine prochaine !
      Gros bisousss

      • Reply Marie-Charlotte 8 juin 2014 at 13 h 31 min

        oh je suis flattée 🙂 quelle pression de malade !!! Ich freu mich darauf, Dich kennenzulernen (mes restes d’allemand universitaire !) Bisous

  • Reply {nanie} 9 juin 2014 at 10 h 40 min

    Ah, la suite ! :p

    Et ces petits côtés coup de blues.
    Je me suis lancée il y a quelques mois et pffiouu c’est dur !
    J’espère que quelques personnes oseront avec moi dans le futur ! Car il est dur de retourner en arrière. Une fois que l’on a goûté au freelance.

    Bon courage pour la suite !

    • Reply Anissa 9 juin 2014 at 11 h 24 min

      Hello Nanie,
      oui c’est pas simple tous les jours et il y a des galères comme dans tous les jobs, MAIS…je ne me vois plus non plus mettre les pieds dans un open space. Je préfère manger des raviolis en boite toute ma vie 😀 Bon courage à toi ! Ton blog est beauuuu, les photos sont magnifiques !! je suis fan de photographie culinaire 🙂 A bientôt et bon courage + merci pour ton commentaire 🙂

      • Reply {nanie} 9 juin 2014 at 13 h 13 min

        Avec un peu de chance on pourra se payer des raviolis frais ! ^^

        Merci beaucouuup ! <3
        Je croise fort fort les doigts pour tous nos projets héhé 🙂

  • Reply Cyrille d'Humaniance 11 juin 2014 at 13 h 56 min

    Bonjour Anissa! A la première lecture, je pensais que vous remettiez en cause votre statut d’auto-entrepreneur. Mais en fait, il n’en est rien!

    J’ai beaucoup apprécié cette phrase: « Car, malgré toutes les galères que vous allez rencontrer, ce projet, c’est le vôtre, c’est votre bébé. Et le jour où vous pourrez en vivre, vous serez tellement fier et heureux ! Ça vaut bien quelques litres de sueurs, des angoisses existentielles et les galères administratives. »

    Etre indépendant, c’est faire preuve de beaucoup d’efforts et de sacrifices, mais la récompense ultime, c’est vivre de sa liberté professionnelle! Et vous en êtes le parfait exemple!

    Je bookmarke votre blog. A bientôt! 🙂

    • Reply Anissa 11 juin 2014 at 14 h 56 min

      Merci Cyrille pour votre message qui m’a fait très plaisir !!
      J’ai d’ailleurs un compter sur Humaniance, mais malheureusement pas encore trouvé de missions qui me correspondaient 🙂
      A bientôt,
      Anissa

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