Vie de Freelance

Vis ma vie de freelance : Les joies de Pôle Emploi ou comment rester zen malgré tout

Le titre pose problème, j’en suis consciente. En effet, il y a contradiction dans l’association des mots « zen » et « Pôle Emploi ». La dernière fois que j’ai parlé de Pôle Emploi à ma grand-mère, il venait d’y avoir une prise d’otage dans celui de son immeuble du 11e arrondissement. Ambiance bonne enfant, quoi ! Pour ma part, j’ai été convoquée pour mon premier entretien « personnalisé » dans le Pôle Emploi bucolique de Bois Colombes. Dépaysement garantie, j’ai dû prendre le train L pour la première fois de ma vie. Je ne savais même pas qu’il fallait composter son ticket… Oui, bon, citadine… Pardonnez mon ignorance crasse de la banlieue parisienne ! J’avais donc rendez-vous avec ma conseillère pour parler de je ne sais quoi. Il fallait que je ramène mon CV, mais je l’ai oublié sur mon bureau. ça s’annonçait bien !

Dès mon arrivée, je dois m’aligner dans la file d’attente longue de plusieurs mètres. Un monsieur ressort à la dame de l’accueil tout son historique Pôle Emploi et les démêlés qu’il a eu concernant ses indemnités. J’expire bruyamment pour faire comprendre à mon entourage que je n’ai pas envie d’attendre.

  1. Chez Pôle Emploi, la notion de temps est différente. C’est comme au Scrabble : Parfois la minute compte double, parfois triple.

Je comprends qu’Il va falloir être patiente, alors je regarde autour de moi pour me rendre compte qu’il n’y a rien à regarder. Le lieu est sinistre et surtout désaffecté. La salle d’attente est immense, mais les gens sont tous debout à attendre leur tour pour expliquer à la dame de l’accueil qu’ils n’ont pas rendez-vous mais doivent absolument voir un conseiller. J’attends un peu, c’est vite à mon tour. C’est mon second entretien. J’étais déjà venue 4 mois auparavant lorsque je venais de déclarer mon auto entreprise. D’après ma convocation, j’ai rendez-vous avec la même conseillère. On m’appelle et premier constat : Ma conseillère originaire des îles a soudainement une tête de bigoudène bretonne, 10 ans de plus, 20 kilos en moins et pas tout à fait le même nom. J’ai l’espoir qu’elle sera plus efficace que la première (qui ne pas savait se servir d’un clavier d’ordinateur). Mais l’entretien commence mal. « Ah mais vous êtes auto entrepreneuse. Flûte alors, je n’aurais même pas dû vous convoquer. » L’entretien durera quand-même 45 longues minutes…

  1. Il faut souvent se répéter, sans perdre patience. C’est normal, ne vous inquiétez pas.

Elle me fait asseoir, me demande de répéter mes expériences professionnelles, raconter les services proposées par mon auto entreprise… Bref, tout ce qui est déjà inscrit dans mon dossier qu’elle a sous les yeux. Je répète trois fois que je traduis notamment de l’anglais vers l’allemand et le français, mais non de l’allemand et du français vers l’anglais. Elle ne semble pas comprendre et me regarde, interdite. J’essaie de lui expliquer la différence entre langue source et langue cible chez les traducteurs. Elle hoche la tête, puis me dit : « Il n’y a de toute façon pas assez de place dans la case. » Elle efface les trois lignes en appuyant sur « Suppr. », ça prend trois heures. J’ai envie de lui expliquer qu’il suffit de surligner, puis de supprimer. Je me retiens. Zen, on avait dit zen.

  1. « Je comprends pas, il y a un bugue. Je ne sais pas quoi faire, c’est embêtant. »

A chaque fois que je suis allée chez Pôle Emploi, il y avait un bugue au niveau du système informatique. Panique à bord, elle regarde son ordinateur, se gratte la tête et répète qu’elle ne comprend vraiment pas. « Ça n’enregistre pas le texte, mince alors ! » Là encore, l’envie me vient de lui conseiller de copier le texte, afin qu’il ne se perde pas. Au lieu de cela, je me tais et la regarde faire ce qu’elle appelle une « copie d’écran » : Elle surligne la page ouverte et la colle dans Word. Non, la touche « Impr », c’est juste pour faire joli… « Je recopierai demain quand ça remarchera. »

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  1. Quand vous posez une question, sachez que votre conseiller ne connaitra pas la réponse.

Mieux vaut se renseigner AVANT d’aller à votre rendez-vous Pôle Emploi. Je pose une question à ma conseillère, une question qui me parait simple et banale. Gros blanc, elle lève les yeux au ciel. « Pfff… aucune idée. Attendez, je vais me renseigner pour ne pas vous dire des bêtises. » Elle disparait. J’ai le temps de battre mon record à Fruit Ninja, c’est tout dire. Elle revient et sa réponse est des plus farfelues. Dans ma tête les choses s’embrouillent. Je ne sais pas si vous avez aussi ce problème : mais je ne trouve pas les formalités administratives particulièrement logiques. Ma conseillère me demande de déclarer mes revenus mensuels en ligne et de remplir le même document sous format papier. Elle-même trouve ça absurde, ça la fait même un peu rire. « Puis-je envoyer ce courrier par la Poste ? » (Question 100% innocente, je le jure !) Ma conseillère fait la grimace : « Ecoutez, si vous voulez être sûre que le courrier se perde, envoyer-le par la Poste. Sinon, apportez-le en personne. Et faites-en quand-même une photocopie. On ne sait jamais. » (Pour info, je dois me taper le train pour venir, alors devoir jouer aux facteurs, c’est pratique, tiens !). Au début je crois à une blague, puis je vois son regard s’assombrir. Elle est sérieuse ! Si la Poste savait à quel point Pôle Emploi était déloyal vis-à-vis de la fiabilité de son service, ce serait carrément une affaire d’Etat. Quand je lui explique que ce n’est pas pratique, elle me répond : Ça vous fera une balade. Ce n’est pas si loin que ça ! » Elle m’explique même comment venir en vélo (J’avais répondu non à la question du permis de conduire.) Certes, mais sinon moi dans la vie, je travaille aussi de temps à autres. Je lui offre un sourire crispé. J‘ai décidé de ne pas m’énerver, ça ne sert à rien !

  1. « Il est tard (17h), je vous fais sortir par la sortie des artistes ! »

En fin de compte, ma conseillère est hyper gentille. Elle a tenté de tout m’expliquer, a fait plein de photocopie des formulaires pour m’éviter d’en faire (« A La Poste, ils vous font payer. Chez nous c’est gratuit ! », mais voilà… Le système est mal fichu. Qu’on soit devant ou derrière le guichet, c’est à n’y rien comprendre. Pôle Emploi prône visiblement le « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». J’en conclus surtout une chose : Heureusement que je trouve mes missions par moi-même. Le jour où j’aurais peut-être réellement besoin du soutien de Pôle Emploi, je sais déjà à quoi m’attendre. Je me dis aussi que les personnes en vraie demande doivent parfois se sentir très mal face à l’inefficacité du système et l’incompétence parfois crasse de ses employés. Etre conseiller, c’est aussi une vraie responsabilité, ce n’est si simple de soutenir des gens en transition, au chômage ou en reconversion professionnelle.

Il est donc 17h passé, ma conseillère a le sourire. Elle termine sa journée par moi qui ne suis là finalement que « pro forma ». Un dossier simple, pas besoin de faire plus de démarches, c’est du tout vu. Comme la porte d’entrée principale est déjà verrouillée, elle me fait sortir par ce qu’elle appelle la « sortie des artistes ». Ça me fait rire un peu. Et en même temps, ça laisse un arrière-goût amer. Les employés du Pôle Emploi ressemblent en effet un peu à des artistes. Ce sont des clowns tristes.

 

 

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1 Comment

  • Reply Loïs 7 août 2014 at 16 h 30 min

    C’est quand même pathétique. Ton témoignage confirme des milliers d’autres, alors effectivement c’est triste. Je ne comprends pas trop comment sont formés ces employés !

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